This place called Home.

août 21, 2010 at 8:27 (Mo[ts/i])

Terrée…  Cachée ? Réfugiée.
Je ne le trouve pas.
Ce mot approprié. Ce mot juste. Ce mot qui  me manque. Qui exprimerait ce que je fais ici.
Au coeur, au sein de cet appartement désormais quasiment vide, désert et mort, je suis juste là. Je ne suis pas triste. Pas encore. Ni gaie. Surtout pas.
Je suis juste… là.
Je n’attends pas. Je respire. Je profite de ces derniers instants de solitude.
J’essaie de me rappeler. Mais tout se brouille, se mélange, s’éloigne.
Les rires. Les pleurs. Les déceptions. Les bouteilles d’alcool et les cendres éparpillées. Les vêtements sales, les livres ouverts et les recueils fermés, les chansons qui flottent encore dans l’air. Les après midi pluvieux et les matins clairs.
Je suis là. Je me souviens, j’oublie aussi.

Ici, c’était chez moi. Un squat. Un hôtel gratuit pour amis et connaissances. Une  maison de passe. Une aire d’autoroute. Un cocon. Le mien.
Ici, c’était chez moi.

Lorsque je suis entrée dans ce salon, la couleur crème des murs m’a rassurée. La belle cheminée condamnée m’a  appelée. Je me suis sentie chez moi à la seconde même où j’ai pénétré dans ce lieu. J’ai déménagé et je l’ai décoré. Nettoyé.  Embelli. J’en ai pris soin.
Le soir, ma rue m’attendait. Mes talons claquaient sur les trottoirs encore humides, je pressais le pas. La clé. La porte. Le coin coussin et le canapé qui s’écroule, je retrouvais ces meubles avec délice, me coupant du monde extérieur, trop rude, trop brutal, trop vivant.
Je venais m’arrêter ici. Je m’arrêtais.
D’avoir peur,  de craindre, de douter.

Bien sûr, ces murs m’auront vue pleurer. Bien sûr, ce sol m’aura sentie tituber. Bien sûr,  ce haut miroir m’aura contemplée dans un état de désespoir total.
Mais  il aura pu également observer le visage du green-eyed man. Du breton. Du niçois. De l’aixoise. Des martéguaux. Des marseillais. Des futurs parisiens. Du japonais. De tous ces gens que j’ai accueillis. Que j’ai aimés, détestés, regrettés.
Un an.
Cela ne fait qu’un an, cela fait déjà un an. Et voilà que je dois te quitter.
Je pars. Pour une maison. Plus loin. Jolie, plus grande, mais ce n’est pas chez moi. Pas encore. Et j’ignore si cela le sera un jour. Ce sera chez nous. Pas chez moi.

Peut être qu’en réalité, je suis terrifiée. Terrorisée.
Après tout, les nuits où je dors seule là-bas, je cauchemarde. J’erre désemparée. Tout est vide, trop vide. Trop triste. Seule là-bas ? J’en suis malade.
Seule ici, je suis en sécurité.

Je gagne sa présence constante.
Je perds ma solitude adorée.
Je gagne la chaleur humaine.
Je perds le froid de la nuit pluvieuse, où bercée par un saxophone triste, je lisais des poèmes et fumais une cigarette à moitié.
Je gagne de l’espace.
Je perds le mien.

Plus les jours défilent, moins je veux quitter cet appartement qui a été le mien cette année durant. Je suis terriblement attachée aux choses. Mais ce qui me rend malade, c’est la pensée que je ne pourrai plus revenir ici. Plus jamais. Je ne pourrai plus m’étendre au pied de la cheminée. m’asseoir à moitié sur le rebord de la fenêtre.
Ce sont d’autres personnes qui vivront à ma place, et je le vis comme un viol anticipé. C’est chez moi ici.
Mais je me trompe.
C’était.
C’était chez moi.

Je n’ai jamais autant détesté devoir parler au passé.

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