The one with the memories
L’odeur du bois un peu humide, mêlée à celle du mauvais produit chimique pour le lustrer.
Les magasines éparpillés au sol, tels de vulgaires seringues mortes abandonnées par un camé anonyme.
Les pinceaux aux poils secs, en vrac, doublés, ébouriffés, qui s’élèvent comme des gerbes de chrysanthèmes célébrant l’ordinaire et l’ennui.
Je les retrouve.
Dans le secrétaire, des dizaines de tubes de peinture se cachent. A eau, huile, acrylique, aquarelle. Quelques un sont neufs, d’autres vides. Il y a des crayons aussi. Vieux et fatigués, démembrés de leur mine et rongés à moitié. Un taille crayon gît là, à côté d’un brouillon de couleurs, essai raté d’un cercle chromatique.
Je rentre dans cette pièce qui n’est pas ma chambre, mais où je dors néanmoins. Je sens s’étioler la résolution que j’ai prise. Fais rouler entre mes doigts froids un crayon isolé, gratte le papier rêche, quelques lignes apparaissent. Il y a ce bruit, si caractéristique, de la pointe de charbon qui dévale le papier au grain dur. Il y a cette odeur de térébenthine qui remonte mes parois nasales, atteint le cerveau, frappe le centre nécrosé de mes pauvres souvenirs pâles.
Je revois l’atelier.
Les yeux hypnotisés par ce souvenir déjà mort, je saisis plus fermement le pieu de carbone et attaque la feuille presque sauvagement, dans une rage contenue mais bouillonnante d’impatience. Qu’importe le travail, les livres qui attendent, les fiches et l’examen, les papiers à achever et les mails à envoyer. J’exprime ma furie un instant. M’arrête. Abandonne la preuve de ma hargne sur ce secrétaire aux odeurs assassines.
Le soir, elle me demande si c’est moi qui l’ai fait. Je grommelle. Malgré mes réticences, elle le montre. Me dit ce que je déteste entendre, ce que je méprise par dessus tout.
Je me demande si l’orgueil d’Huguenin, dont je lis le journal, ne déteint pas sur moi et puis, rassurée, je me rappelle que j’ai toujours, depuis longtemps, méprisé le Beau. JE ne m’étendrai pas plus, on rentrerait dans des considérations philosophiques interminables.
Je déchire la feuille.
Il est temps de travailler.
anakin a dit,
novembre 1, 2010 à 1:53
Le monde peut bien attendre lorsque l’on crée.
cee a dit,
novembre 21, 2010 à 9:56
et comme dirait Miss Tic, là où le désir secret le désir se crée…
anakin a dit,
avril 19, 2011 à 11:41
C’est bien calme ici…