Aimer. Détester. S’enfuir.
Changements radicaux. Coeur ébranlé et cerveau malade. Corps fragilisé, soumis aux aléas de la haine. Je m’effondre.
J’aime. J’aime M. et son grand corps mince et sa voix chaude et posée, j’aime ses sourires et ses paroles douces dans lesquelles je me repose.
Je déteste. Je hais sans limite mon colocataire, et ce, d’un coup. Soudain, je n’étais plus capable de le supporter, de l’entendre. Je voulais me battre avec lui, le rouer de coups, le griffer jusqu’au coeur et lui déchiqueter le ventre. Faire taire à jamais cette voix insupportable, lui faire ravaler son air du je-sais-tout et le maudire jusqu’à ce qu’il meurt, écrasé sous le poids de ma colère.
Cette bouffée soudaine de violence m’a effrayée et je suis partie. J’ai erré 4h dans Paris, prenant un métro au hasard, griffonnant sur un cahier des bribes de textes noirs et sordides, je suis montée jusqu’au Sacré Coeur puis ai parcouru les rues de Paname à pied. Et je suis rentrée. Et j’ai pleuré. Longuement, épuisée mentalement, physiquement, par ces désirs de mort qui m’étreignaient. Je le hais. Comme ça, sans raison, et voudrais qu’il disparaisse. Depuis quand suis-je un monstre ?
Je suis malade. Car dans ma tête, il n’est pas le seul que j’assassine.
Le lendemain, j’ai écrit un long mail. Il restera sans réponse. Je pense que désormais lui aussi me déteste mais je m’en contre-fiche. Je veux juste qu’il me paie le loyer. Si je ne perçois rien, je suis prête à enclencher des procédures judiciaires. Je ne lui passerai rien. Je veux qu’il crève. Je veux qu’il soit malheureux.
C’est horrible de souhaiter ça à une personne qui ne nous a rien fait.
Il faut que je me soigne.
Mon AD me donne la nausée.
C’est moi que j’aimerais vomir.