Ce n’est plus un miroir.
Ce n’est plus un miroir, ce texte que j’écris. Ce n’est plus mon reflet, mon image, mon double dénué de vie. C’est une mimique, une farce, une grotesque imitation d’un homme que j’admire et d’une femme aussi, sans oublier le troisième et la quatrième également. Viennent ensuite tous les autres, que je jalouse tendrement.
Ce n’est plus moi que mes mots reflètent, mais sont-ce encore les miens ?
Il est vain et orgueilleux de prétendre avoir « un style » et c’est pourtant ce dont j’étais presque persuadée. Pourtant aujourd’hui je réalise que ce n’était qu’emprunt, copie et pâle imitation burlesque d’une littérature qui n’est pas la mienne et ne l’a jamais été. On apprend en copiant, me signalera t-on. Certes, concéderai-je, si tant est qu’on est conscient qu’on copie, qu’on est auteur d’une oeuvre pâle et sans valeur aucune. Je ne l’étais pas et m’en suis rendue compte.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela n’a pas été une déception, une gifle, une désillusion. Non, plutôt un soulagement. J’ai enfin compris ce qui ne tournait pas rond. Pourquoi plus rien ne sortait de ces mains bouillonnantes et pourtant totalement désemparées face au vide blanc étouffant de la page au pixel blanc.
Je n’écris pas, je copie, j’imite, je ne suis plus moi.
Contrairement au dessin où ma colère et ma rage et mes regrets prenaient forme, dans l’écriture, ils n’étaient jamais vrais. Jamais purs. Jamais crus. Déguisés, en de jolies phrases nuancées, en rimes riches ou pauvres et en métaphores ennuyeuses, ils n’étaient pas vrais. J’ai cru un temps que mes pauvres états d’âme servaient d’essence à mon « inspiration », quel grand mot, mais je me trompai. C’est parce que j’étais encore sous le coup de l’admiration sans borne que je voue à lui, à elle, aux autres aussi. En perdant mes modèles, j’ai perdu la substance qui alimentait mes billets, devenant incapable d’écrire sans ressentir un profond malaise face à ces phrases maladroites que j’alignais sans conviction. Je ne suis pas écrivain, je n’ai pas à avoir de « style » et pourtant je l’ai cru, imbue de ma personne et belle idiote aveugle de son ignorance et sa médiocrité.
Je suis soulagée.
Soulagée d’avoir ouvert les yeux. Libérée de ce poids faussement élitiste que je m’étais moi-même infligée, je retrouve à nouveau l’envie d’écrire, pour de vrai.
Sans réfléchir à la mélodie de la phrase, ou aux répétitions voulues. Sans être -faussement- en concurrence avec la qualité des autres, sans les copier éhontément.
Je suis soulagée.
Je n’écrivais plus car mes mots n’étaient plus les miens.
Peut-être que lentement, doucement, je vais recommencer à les apprivoiser.
Il faudra du temps.
Ça tombe bien. J’en ai.